A bâtons rompus avec Michèle Gazier
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Trouvez-vous du plaisir quand vous écrivez?
Je ne sais pas si c’est un plaisir, en tout cas la première fois ça fait très peur. On craint de dire trop de choses de soi. On dit souvent que, c’est difficile d’écrire que c’est douloureux. Mais il y a des métiers plus difficiles que le métier d’écrivain.
Qu’est ce qui est le plus facile, traduire un livre ou en écrire un?
Le plus confortable c’est de traduire, car on met ses propres mots, sur l’histoire de quelqu’un d’autre. On y met son vocabulaire, son savoir-faire, son art d’écrire, nous on n’y met pas sa vie, on n’y met pas complètement son cœur. On est protégé derrière le texte de l’autre, c’est plus facile.
J’ai été déroutée dans Histoires d’une femme sans histoire par la structure adoptée. Zita par exemple est vue sous différents points de vue et je n’ai pas compris pourquoi ce choix.
Je vais faire un peu d’histoire. On peut écrire à la première personne en disant " je " sans être " je ". " Je ", c’est souvent un autre. On raconte une histoire. C’est un point de vue, c’est une vérité. On peut raconter une histoire en créant un personnage, qui peut s’insinuer partout ou l’on peut raconter une histoire avec différents points de vue parce qu’il n’y a pas une vérité mais plusieurs vérités. Nous sommes tous ensemble ici et dans une semaine ou dans quelques temps, si on se souvient de notre rencontre, chacun d’entre nous aura une idée différente, une histoire différente à raconter.
Qu’est-ce que c’est la vérité? C’est l’idée que vous en aurez ? Ou l’idée que j’en aurai ? La vérité est au carrefour de tout ça. Chacun des points de vue est aussi valable que l’autre. Chacun le vit avec sa vie avec son histoire, et c’est ça que j’ai voulu raconter. J’ai essayé de faire une sorte de carrefour. Il n’y a pas une vérité, ce serait trop simple. Pour les uns, Zita est formidable, pour autres, c’est une horrible voleuse, pour une troisième personne c’est une femme autoritaire. Qui est Zita ? Elle est tout ça. On ne peut pas le dire avec un narrateur qui raconte de manière extérieure, sinon ça ne paraîtrait
pas vrai. Mais le narrateur ne peut pas tout savoir, car avec plusieurs voix qui se croisent on arrive à dire des vérités, du moins certaines images de la vérité.Pourquoi pour le recueil Sorcières ordinaires vous avez choisi ce titre, car à priori les choses ordinaires et la sorcellerie ne vont pas ensemble .

Souvent je trouve les titres des livres après. Mais pour Sorcières Ordinaires, je l’ai trouvé avant, donc j'ai organisé l’ensemble du recueil à partir du titre. Les gens ordinaires, ce sont les seuls qui m’intéressent. Ils ont des pouvoirs, des choses en eux, qu’on ne soupçonne pas et qui sont tout à fait extraordinaires. La sorcière, pour moi, ce n’est pas quelqu'un de négatif. C’est quelqu'un qui a un peu plus d’intuition, quelqu'un qui est plus vrai que vrai. Je pense qu’on est tous un peu sorciers et ordinaires, il suffit de savoir regarder.
N’est-il pas difficile d’être critique littéraire et écrivain, et donc de juger et d’être jugée ?
Non, il est difficile d’écrire et d’être chroniqueur littéraire parce qu’on reçoit beaucoup de livres. La seule chose que je demande à un critique, c’est de lire mon livre et de ne pas faire semblant. S’il lui a plu vraiment et qu’il en dit du bien, ça sera mieux pour moi. S’il en dit du mal c’est bien, du moment qu’il l’a lu. S’il en dit du bien alors qu’il ne l’a pas lu, ça ne m’intéresse pas, et s’il n’a pas envie d’en parler c’est son droit. Je fais mon métier, et lui doit faire le sien. Une fois que le livre est terminé, il ne me regarde plus. Je dois dire honnêtement que je ne lis pas les critiques des autres sur mes livres.
Est-ce que certains de vos livres ont été traduits ?
J’en ai un qui a été traduit deux fois, et dans deux langues que je ne lis pas et dont je ne sais même pas le caractère. J’ai été traduite en coréen, et en grec. Mais je vais être traduite en catalan, alors je serai très contente puisque je pourrai les lire
.
Pourquoi dans plusieurs nouvelles de Sorcières ordinaires la fin est-elle ouverte et pourquoi laissez-vous au lecteur le soin d’imaginer la fin ?
Comme lectrice, j’aime imaginer la fin. J’aime qu’on me laisse la place de m’installer dans un texte. Je n’aime pas qu’on me dise tout. Là, je me place du point de vue de la lectrice, j’ aime les nouvelles qui ont cette forme-là, donc j’écris des nouvelles qui ont cette forme-là.
Pourquoi ne conservez-vous pas l’image réelle de l’Andorre dans vos livres ?
Parce que j’en ai besoin pour mon récit. Si je voulais écrire un livre sur l’Andorre, je resterais fidèle à la réalité bien sûr. Mais en fiction on a le pouvoir d’inventer des chemins de fer là où il n’y en a pas, d’inventer des routes quand elles n’ont pas été construites, de changer les personnages parce que le roman a l’air réaliste. On a l’impression que cela peut être des fautes dans l’histoire, mais un roman, c’est un roman, le personnage de Zita n’existe pas tout à fait comme je l’ai écrit, le contexte n’existe pas tout à fait, voire pas du tout comme je l’ai écrit .
Est-ce que En sortant de l'école est un livre autobiographique ?
Non, et c'est assez drôle du reste parce que tout le monde a cru que c'était un livre autobiographique, et quand je suis allée en parler dans des bibliothèques et des librairies on a fait une petite fiche autobiographique de moi, cela a donné : "Michèle Gazier, fille de professeur, petite fille d'instituteur". Or, je suis la première à être dans l'enseignement dans ma famille mais j'ai rien dit parce que ça leur faisait plaisir alors je n'ai pas démenti.
Dans le livre Histoires d'une femme sans histoire, pourquoi l'Andorre et ses images sont-elles simples?
C'est un livre que j'ai écrit à la suite du précédent voyage que j'ai fait en Andorre. J'ai connu une Andorre que vous ne connaissez pas. C'était une Andorre très intime, et que j'ai beaucoup aimée et cette Andorre-là comme la France de la même époque, comme d'autres choses de la même époque n'existe plus. Quand je suis revenue en Andorre au début des années 70, ce pays était devenu une grande rue commerçante avec des néons partout. J'avais l'impression qu'on me volait mes paysages, qu'on me volait un certain calme, une certaine paix que je ne trouvais qu'ici en Andorre, que les gens venaient simplement pour acheter du pastis donc, je me suis dit que cela allait devenir comme Las Vegas, j'ai décidé de le transcrire dans un de mes livres. En revenant aujourd'hui, je suis agréablement surprise. La catastrophe qui me semblait imminente me semble avoir été évitée. Je crois que même si les paysages ne sont plus ce qu'ils étaient, même si là où il y avait des champs de tabac il y a des immeubles, il s'est passé quelque chose au niveau culturel. Il y a eu une prise de conscience et l'Andorre s'est dit qu'elle avait des choses qui étaient belles et qu'il fallait réhabiliter. Je trouve que vous êtes sur la bonne voie, c'est à vous de continuer dans ce sens-là.
En lisant les Histoires d’une femme sans histoire j’ai remarqué qu’il y avait une certaine " maigreur " de l’image masculine, pourquoi ? Favorisez-vous les femmes ?
Je ne favorise pas les femmes, je ne crois pas, il n’y a pas de maigreur de l’image masculine mais l’image de l’homme pour Zita, c’est le père et le père est mort quand elle avait 14 ans ; pour elle il n’y aura pas d’autre homme. C’est l’amour absolu. Il y a d’autres hommes mais ils ne seront jamais que des ombres. Ce n’est pas parce que j’ai envie de minimiser l’image des hommes, pas du tout. Ils sont presque la moitié de l’humanité, il ne faut pas l’oublier. Mais, en l’occurrence, ce père est tellement déifié, c’est tellement l’absolu que toutes les images d’hommes si fortes soient-elles, s’étiolent face à cette image-là. Ce n’est pas moi qui le pense, c’est dans l’optique du personnage de Zita.
Comment vous y prenez-vous pour écrire un livre ? Faites-vous un plan ?
Cela dépend. A priori j’ai une idée, je veux raconter quelque chose et je m’interroge sur la manière de la raconter. Cette première épreuve peut durer longtemps dans ma tête mais pas sur l’écran de l’ordinateur. Ensuite je commence à mettre en place un certain nombre de structures dans ma tête. Je raconte quelque chose de manière linéaire, je n’ai pas besoin d’autre chose, ça suit. Mais ce qui m’amuse, c’est quand je complique un peu les choses, quand je multiplie les points de vue, quand je bouleverse la chronologie et là je suis obligé de me faire des repères pour moi-même, sinon je vais écrire n’importe quoi. Je fais un arbre généalogique car à part peut-être un personnage, tous les personnages sont inventés et il ne faut pas que j’oublie que un tel est le père de tel autre et que celui-ci, est le frère de celui-là parce qu’en cours de route on peut facilement oublier. Il faut se faire un arbre généalogique avec des âges, une chronologie pour montrer comment se déroulent les événements et ensuite on peut les découper et les remonter. C’est comme un puzzle, si vous ne peignez pas l’image avant de la découper, après vous ne pouvez pas la remonter, pour l’écriture c’est la même chose.
Pouvez vous nous donner quelques conseils pour réussir une nouvelle ?
Je ne sais pas, d’abord en lire beaucoup et puis savoir que dans un roman, il y a parfois quelques négligences de forme mais la nouvelle c’est court, donc il faut que l’écriture soit très serrée. Quand on écrit une nouvelle, écrire ce n’est pas ajouter des mots mais en enlever, on coupe jusqu’à ce que ce soit très tendu, très serré. Dans une nouvelle je crois qu’il faut, du moins au départ, raconter une histoire parce que si la nouvelle est trop large, si l’histoire qu’on veut raconter est trop ouverte, on peut se perdre, donc il faut une histoire assez simple, s’interroger sur la manière de la raconter ; ne pas tout dire, laisser beaucoup de blancs, beaucoup de place pour les autres.
Est-ce que vous aimeriez écrire un livre en espagnol ?
Je ne sais pas si j’aimerais, mais je ne suis pas sûre d’en être capable parce que je peux écrire un article en espagnol facilement mais si je décidais d’écrire en espagnol, il faudrait que je continue à écrire en espagnol et ça me prendrait sûrement beaucoup de temps pour m’y mettre parce qu’on ne peut pas être bilingue, on ne peut pas être dans deux imaginaires à la fois. Les écrivains, je prends pour exemple de grands écrivains auxquels je ne me compare pas bien sûr, comme Nabokov qui a écrit en diverses langues, il a d’abord écrit en russe, sa langue maternelle puisqu’il était russe, il a ensuite écrit en allemand, ensuite il a fait une tentative en français et il a terminé en anglais des livres aussi magnifiques les uns que les autres dans une langue dont on ne pouvait pas soupçonner, sauf pour les Russes, qu’elle était une langue apprise. Quand il a décidé d’écrire dans telle ou telle langue, il a abandonné toute écriture dans une autre langue. Je pense que si j’allais vivre dans un pays hispanique, en Espagne, en Amérique latine, je serais obligée, parce que l’environnement global serait dans cette langue-là, d’écrire dans cette langue. Dans la mesure où je vis en France, ce serait fictif.
Est-ce que quelqu’un s’est vexé à cause d’un de vos livres ?
Vous voulez dire quelqu’un qui se serait reconnu et se serait fâché ? C’est assez drôle, parce que les gens qui auraient dû se reconnaître, ne se sont pas reconnus du tout et les gens qui n’y étaient pas du tout, s’y sont reconnus. Par exemple, quand ma mère a lu Histoires d’une femme sans histoire, elle n’a pas reconnu le personnage de Zita qui était sa sœur.
Combien de temps avez vous mis pour écrire Histoires d'une femme sans histoire ?
Devant l'ordinateur, un certain nombre de mois plus ou moins un an et demi mais dans ma tête beaucoup plus ; l'écriture devant l'ordinateur c'est la phase finale.
Quels sont les avantages de votre métier ?
C’est le métier qui me permet de vivre . Je ne parle pas du métier d’écrivain, mais de celui de critique littéraire . J’ai toujours adoré lire, je m’achetais des livres, je n’avais pas toujours l’argent suffisant pour en acheter autant que ce que j’aurais aimé lire et quand je suis devenue critique littéraire, j’ai eu l’impression qu’on me payait pour mes loisirs. Après , je me suis rendu compte que ce n’était pas tout à fait vrai, car il y a une grande part accordée à la lecture mais il y a un énorme part accordée à la gestion. Les livres arrivent, chez vous, dans des paquets et il faut d’abord déchirer les enveloppes, il faut ouvrir les paquets. Cela n’a l’air de rien mais quand il en arrive une centaine par semaine, c’est un vrai travail, il faut installer les livres chez soi. Et puis les maisons d’édition qui envoient les livres vous appellent, demandent si vous avez lu leurs livres. Je limite beaucoup toute cette partie de mondanités, mais il y a une partie de rencontres, de coups de fil qu’il faut gérer, et ce temps de la lecture est réduit d’autant, donc cette partie-là ce ne sont pas des loisirs, mais le temps de la lecture, oui.
Vous avez dit que vous recevez cent livres par semaine, les lisez-vous tous ?
Non ! il me faudrait dix vies, cent vies. Non quand on reçoit cent livres par semaine (à dire vrai mon mari faisant le même métier que moi nous recevons deux cents livres par semaine parce qu’on reçoit tout en double), on doit faire un choix.
Qu’est-ce que vous faites avec les livres ?
Je les donne. Je garde ceux que j’aime, j’ai une maison à la campagne où j’ai une très grande bibliothèque et les autres je les donne. Mais ces livres-là comment on les gère ?
Il arrive cent livres, on fait trois piles : la pile des livres qui ne sont pas vraiment des livres, on le voit tout de suite donc ceux-là on les élimine tout de suite, il y a une pile d’auteurs qu’on attend, dont on attend le prochain livre donc ça c’est la seconde pile. Et puis il y a une troisième pile où il y a des premiers romans, des auteurs qu’on ne connaît pas, des nouvelles traductions étrangères. Et là, il faut voir, donc là on fait du texte, ce que j’appelle faire du texte, c’est : on prend un livre, on lit quelques pages, une vingtaine, soit ça accroche et on garde, soit ça n’accroche pas et il va rejoindre la première pile. Voilà.
Pourquoi vos œuvres sont-elles souvent situées dans les pays de la péninsule Ibérique ?
C’est le lieu de mes origines et je cherche dans cette voie-là. Si mes parents venaient, d’un autre pays, peut être j’aurais cherché ailleurs.
Est-ce que quelqu’un vous a encouragé à écrire?
Oui, un certain nombre de gens ont vu mes traductions, et m’ ont poussée effectivement à écrire, mais l’encouragement ne suffit pas. Tant qu’on n’a pas éprouvé le besoin, ou l’envie soi-même. Donc, c’est bien de se sentir conforté, mais personne de l’extérieur ne peut vous faire écrire. On écrit soi-même.
Est-ce que l’écriture vous sert parfois à vous sortir de vos problèmes?
Non, honnêtement je ne crois pas, l’écriture c’est autre chose. Je trouve que lire aide plus à vivre qu’écrire. J’oublie plus les problèmes de mon quotidien quand je lis que quand j’écris.
Pourquoi avez-vous décidé d’écrire le recueil de Sorcières ordinaires ?
Il existe une petite ville dans le nord-est de la France qui s’appelle Saint-Quentin et où il y a un festival de la nouvelle. Chaque année, une quinzaine de nouvellistes sont invités à écrire un texte original et ce texte est publié, donné aux élèves et lu dans les classes des deux grands lycées. On m’a demandé un texte que j’ai appelé "La fille du volcan". Quand je l’ai écrit je me suis dit "Voilà, c’est l’occasion de démarrer ce recueil de nouvelles Sorcières ordinaires que j’avais en tête."
Dans En sortant de l'école , est-ce que le fugitif est quelqu´un de réel ?
Non, c'est un mélange. J'ai été frappé plusieurs fois par des gens qui ne peuvent pas aller à un rendez-vous, qui fuient au dernier moment, qui ont tellement peur de la confrontation qu'ils fuient. J'ai connu plusieurs personnes différentes. Je me souviens du frère d'une de mes amies qui n'a jamais pu trouver la porte du lycée, effectivement, parce qu'il avait très, très peur. Et je me suis dit que ce n'était pas simplement la peur du lycée, c'était une attitude face à la vie, ne pas pouvoir être là. Vous remarquerez, il y a types de gens qui arrivent en retard, une, deux, trois fois, on peut, avoir des embouteillages en Andorre, mais arriver systématiquement en retard… On dit alors peut-être autre chose en arrivant en retard, on dit que la confrontation avec l'autre est difficile.
Est- ce- que votre travail de chroniqueur vous aide pour votre travail d'écrivain ?
Ça me sert dans la mesure où j'écris toutes les semaines et parfois plusieurs fois par semaine. Quand on arrête d'écrire longtemps on a du mal à s'y remettre, c'est une peur. Comme les sportifs, s'ils arrêtent de faire un entraînement, après un mois de vacances, ça leur coûte de recommencer. C'est pareil donc, ça me sert dans cette mesure où je n'arrête jamais.
Quand vous étiez petite pensiez-vous déjà devenir écrivain ?
Non, j'admirais beaucoup trop les écrivains pour oser penser que je le deviendrais un jour. Quand j'étais enfant on lisait peu d'écrivains contemporains, on ne lisait que des écrivains qui étaient morts. Donc je ne me voyais pas écrivain. Mais j'écrivais, je faisais de petites choses mais c'était vraiment nul, donc je les jetais, je ne les montrais à personne. J'écrivais beaucoup de lettres et quand j'ai grandi, je suis devenue spécialiste des lettres de rupture et j'écrivais des lettres de ce genre pour mes copines, ce qui était un exercice de style car je ne connaissais en général pas le garçon en question. Elles m'avaient vaguement dit ce qu'il fallait dire pour rompre et donc, moi, j'écrivais de belles lettres, que le garçon recevait. J'ai découvert, en lisant Robert Badinter, qui a été ministre de la justice et a aboli la peine de mort en France, qu'il a commencé à écrire en écrivant des lettres de rupture pour ses copains.
Maintenant quel est votre auteur préféré ?
Il y a ceux qui sont les maîtres incontestables et qui se trouvent dans la littérature espagnole. Plus près de nous je préfère Borges, Cortazar. Dans les auteurs que je lis, Proust tient une place privilégiée, j'ai mis du temps à le lire. Je me souviens quand j'avais votre âge je trouvais ça épouvantable, puis un jour cela a été une révélation. J'ai eu l'impression d'ouvrir une porte qui était fermée jusque-là, quand j'ai ouvert la porte c'était merveilleux et ça continue à l'être. Il y a plein d'auteurs contemporains que j'aime bien et dont je parle dans mes critiques. Ceux que j'ai traduits, si je les ai traduits, c'est parce que je les ai aimés.
Est-ce que vous êtes en train d'écrire un livre ?
Je viens de terminer deux livres, donc je fais une pause. Il y en a un qui est commencé, mais je vais le laisser tomber pendant quelques mois parce que j'ai besoin de me reposer, je pense que je recommencerai à écrire à la rentrée scolaire. J’ai vraiment besoin d’arrêter parce que j’ai écrit trois livres cette année et j’ai besoin de respirer.
Travaillez vous à des heures particulières, ou quand vous vient l’inspiration ?
Quand je peux, parce que le temps de la lecture et de la gestion que m’impose le métier de critique littéraire est important. J’ai aussi une famille, je fais la cuisine et les courses. Alors j’écris beaucoup pendant les week-end et même pendant les vacances. Et de temps en temps quand j’en ai assez de travailler pour Télérama je prends une heure ou deux pour moi, mais avec mauvaise conscience.
Avez-vous des horaires pour travailler ?
Non, jamais. C’est tout le temps. Je n'ai pas de dimanches ni de vacances mais vous savez, il y a des métiers qui sont difficiles, qu’on n’aime pas et on est obligé de les faire. Quand on fait ce qu’on aime, on aménage les horaires; il y a des moments où c’est trop. Mais je trouve que j’ai beaucoup de chance.
Qu 'aimez-vous le plus : le métier de chroniqueur littéraire ou celui d’écrivain ?
C’est différent, j’aime bien le métier de chroniqueur parce que j’ai l’impression de faire des choses utiles en faisant découvrir un auteur par exemple. C’est le même plaisir quand je fais connaître une littérature que personne ne voulait lire et que les gens ne connaissent pas.
Est-ce que vous aimez relire vos livres?
Non, je ne relis jamais mes livres, j’ai fait un effort pour vous, j’ai relu Histoires d’une femme sans histoire mais sinon je n’aime pas. En revanche, j’aime beaucoup relire les livres des autres.
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